
Pendant la grossesse, le bébé et sa mère sont beaucoup plus intimement connectés qu’on ne l’imagine. À travers le placenta, ils échangent des nutriments, de l’oxygène, des hormones… mais aussi, et c’est plus surprenant, des cellules. Certaines cellules du bébé peuvent ainsi passer dans la circulation sanguine de sa mère et s’installer dans différents tissus de son organisme. Certaines d’entre elles peuvent même y rester plusieurs années après la grossesse. Ce phénomène porte un nom scientifique : le microchimérisme fœto-maternel.
Un échange entre deux organismes 🫶
Le placenta est souvent présenté comme une sorte d’interface entre la mère et son bébé. Il permet les échanges indispensables à la grossesse : l’oxygène et les nutriments passent vers le bébé, tandis que le dioxyde de carbone et certains déchets repartent vers la mère.
🔥 Mais les échanges ne s'arrêtent pas là.

Pendant la grossesse, des cellules passent également du fœtus vers la mère et de la mère vers le fœtus. On parle alors de microchimérisme.
Le terme peut sembler compliqué. Il signifie simplement qu'un petit nombre de cellules provenant d’un autre individu peuvent être présentes dans un organisme et y coexister avec ses propres cellules.
Dans le cas de la grossesse, deux phénomènes existent :
- 👶🏼 le microchimérisme fœtal : des cellules du bébé sont retrouvées dans l’organisme maternel ;
- 🤱🏼 le microchimérisme maternel : des cellules de la mère sont retrouvées dans l’organisme du bébé.
L’échange est donc véritablement bidirectionnel.
Quand les cellules du bébé commencent-elles à passer chez la mère ?
Les premières traces de cellules fœtales dans la circulation maternelle ont été observées très tôt au cours de la grossesse, dès environ 4 à 6 semaines de gestation.
Leur quantité augmente ensuite au fil de la grossesse et atteint son niveau le plus élevé autour de l’accouchement.
Après la naissance, la majorité de ces cellules présentes dans le sang maternel disparaissent progressivement. Mais une petite proportion peut s’installer dans différents tissus et y persister beaucoup plus longtemps.
🤩 Et c’est là que l’histoire devient particulièrement fascinante.
Certaines cellules peuvent rester pendant des années ⭐
Des études ont retrouvé des cellules d’origine fœtale dans l’organisme de femmes plusieurs années, voire plusieurs décennies après une grossesse.
L’une des observations historiques les plus connues a notamment permis d’identifier des cellules provenant d’un fœtus masculin grâce à la présence de séquences du chromosome Y chez sa mère.
Cela ne signifie évidemment pas que le corps de toutes les mères contient exactement la même quantité de cellules provenant de chacun de leurs enfants. La quantité détectée est très faible et varie selon les personnes, les grossesses et les méthodes utilisées pour les rechercher.
Mais le phénomène lui-même est bien documenté.
Où retrouve-t-on ces cellules ?
Les chercheurs ont retrouvé des cellules fœtales dans de nombreux tissus maternels.
Elles ont notamment été identifiées dans le sang, le foie, les poumons, le cœur, les reins, la thyroïde, la peau, les ganglions lymphatiques, le sein, l’utérus, les glandes salivaires et même le cerveau.
Cette présence dans différents organes est particulièrement intéressante car certaines cellules fœtales semblent capables de se différencier, c’est-à-dire d’acquérir certaines caractéristiques de cellules du tissu dans lequel elles se trouvent. 🧚
Des cellules d’origine fœtale présentant des caractéristiques de cellules cardiaques, vasculaires, nerveuses, hépatiques ou immunitaires ont ainsi été décrites dans différentes études.

Alors… est-ce que votre bébé pourrait-il participer à la réparation de votre corps ?
Chez l’animal, des chercheurs ont observé que des cellules fœtales pouvaient être retrouvées en plus grand nombre dans des tissus maternels ayant subi une lésion.
🫀 Par exemple, dans des modèles de souris ayant subi une lésion cardiaque pendant la grossesse, des cellules d’origine fœtale ont été retrouvées dans le cœur lésé. Certaines présentaient ensuite des caractéristiques de cellules cardiaques ou vasculaires. D’autres travaux ont observé des cellules fœtales au niveau de tissus pulmonaires, hépatiques ou cutanés présentant des lésions.
Ces observations ont conduit les chercheurs à envisager une possible participation de ces cellules à des phénomènes de réparation, de régénération ou de cicatrisation.
Mais il faut rester prudent : cela ne signifie pas que l’on a démontré que les cellules du bébé « réparent » directement le corps de sa mère.
Les études montrent des associations et des phénomènes biologiques très intéressants, mais les fonctions exactes de ces cellules sont encore étudiées.
Et dans le cerveau ?
🧠 Des cellules d’origine fœtale ont été retrouvées dans le cerveau de femmes après une grossesse. Chez la souris, des chercheurs ont également observé des cellules fœtales capables de prendre des caractéristiques de cellules nerveuses et gliales.
🪢 Cela ouvre des questions passionnantes sur la manière dont une grossesse pourrait laisser une empreinte biologique durable dans l’organisme maternel.
Mais là encore, nous sommes encore loin de pouvoir dire que ces cellules modifient directement les émotions, la mémoire ou le comportement maternel. Ce sont des pistes de recherche, pas des conclusions établies.
Des cellules bénéfiques… ou parfois impliquées dans des maladies ?
Certaines recherches suggèrent un rôle potentiellement protecteur ou réparateur, notamment dans certains processus de régénération tissulaire. D’autres études ont toutefois retrouvé davantage de cellules fœtales dans certains tissus ou chez certaines femmes présentant des maladies auto-immunes ou certains cancers.
Mais cela ne signifie pas que ces cellules provoquent ces maladies!
Les chercheurs envisagent plusieurs possibilités : elles pourraient parfois participer au processus pathologique, être recrutées en réponse à une inflammation ou une lésion, ou simplement être présentes sans jouer de rôle particulier.
Une empreinte biologique de la grossesse 🧬
Ce que ces recherches nous apprennent surtout, c’est que la grossesse ne se résume pas à une relation entre deux organismes séparés par le placenta.
🤰 Pendant plusieurs mois, la mère et son bébé vivent une relation biologique extrêmement étroite.
Ils échangent des molécules, des hormones, de l’ADN libre… et des cellules.
Et certaines de ces cellules peuvent continuer à être présentes longtemps après la naissance.

Il est donc possible qu’une grossesse laisse dans le corps maternel une véritable empreinte cellulaire de l’enfant.
Une empreinte invisible à l’œil nu, mais que les techniques scientifiques permettent de commencer à observer.
Une connexion qui dépasse la grossesse 💫
Lorsque l’on regarde une échographie, on observe le bébé bouger, grandir, se tourner, porter sa main à sa bouche ou parfois déjà esquisser certaines mimiques.
🪷 Ce que l’on ne voit pas à l’écran, c’est toute cette activité biologique qui se déroule simultanément entre lui et sa mère.
Le microchimérisme fœto-maternel nous rappelle à quel point cette connexion est profonde.
Et certaines traces de cette extraordinaire rencontre peuvent, semble-t-il, rester bien après la naissance.
À retenir

🧬 Des cellules circulent dans les deux sens entre le bébé et sa mère pendant la grossesse.
🤰 Le phénomène commence très tôt, dès les premières semaines de grossesse.
🔬 Certaines cellules fœtales peuvent persister dans l’organisme maternel pendant des années, voire plusieurs décennies.
❤️ Elles ont été retrouvées dans de nombreux organes et peuvent présenter des caractéristiques correspondant à différents types cellulaires.
🌱 Leur rôle exact reste encore à comprendre : certaines pourraient participer à la réparation des tissus, tandis que d'autres pourraient avoir des effets différents selon le contexte.
🧠 Leur présence dans le cerveau maternel ouvre notamment des pistes de recherche fascinantes, mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions sur les émotions ou le comportement maternel.
Références principales scientifiques
Cómitre-Mariano B., Martínez-García M., García-Gálvez B., Paternina-Die M., Desco M., Carmona S., Gómez-Gaviro M.V. Feto-maternal microchimerism: Memories from pregnancy. iScience. 2022;25(1):103664. DOI : 10.1016/j.isci.2021.103664.
Bianchi D.W., Zickwolf G.K., Weil G.J., Sylvester S., DeMaria M.A. Male fetal progenitor cells persist in maternal blood for as long as 27 years postpartum. Proceedings of the National Academy of Sciences. 1996;93(2):705–708.
Cette étude historique a notamment contribué à démontrer la persistance à très long terme de cellules d’origine fœtale dans l’organisme maternel.
Tan X.-W., Liao H., Sun L., Okabe M., Xiao Z.-C., Dawe G.S. Fetal microchimerism in the maternal mouse brain: a novel population of fetal progenitor or stem cells able to cross the blood-brain barrier? Stem Cells. 2005;23:1443–1452. DOI : 10.1634/stemcells.2004-0169.
Zeng X.X., Tan K.H., Yeo A., Sasajala P., Tan X., Xiao Z.-C., Dawe G., Udolph G. Pregnancy-associated progenitor cells differentiate and mature into neurons in the maternal brain. Stem Cells and Development. 2010;19:1819–1830. DOI : 10.1089/scd.2010.0046.
O'Donoghue K., Sultan H.A., Al-Allaf F.A., Anderson J.R., Wyatt-Ashmead J., Fisk N.M. Microchimeric fetal cells cluster at sites of tissue injury in lung decades after pregnancy. Reproductive BioMedicine Online. 2008;16:382–390. DOI : 10.1016/S1472-6483(10)60600-1.
Cet article de blog présente et vulgarise les données scientifiques disponibles. Il ne constitue pas un avis médical et certaines fonctions attribuées aux cellules fœtales restent actuellement à l’étude.
